Publié le 03/06/2026 — Cycle 2 · CP & CE1
Le nouveau programme de mathématiques 2025 introduit les fractions dès le CE1, marquant une évolution significative par rapport aux programmes précédents qui les réservaient au CM. Cette décision s'appuie sur des recherches en didactique : les élèves développent naturellement une intuition du partage et de l'équité bien avant l'âge de 8 ans. Le rôle de l'école est de formaliser cette intuition, pas de l'ignorer.
Les fractions au CE1 ne visent pas la maîtrise du calcul fractionnaire — c'est un objectif de CM2 et de collège. L'enjeu est plus fondamental : comprendre qu'un tout peut être divisé en parties égales, que chaque partie porte un nom, et qu'on peut en exprimer plusieurs à la fois. Ce sens-là, construit tôt, évite les blocages que l'on observe souvent en CM quand les fractions semblent tomber du ciel.
Avant d'introduire les fractions, vérifiez que vos élèves ont bien intégré :
Si ces prérequis ne sont pas solidement installés, commencez par une ou deux séances de manipulation sur le partage avant d'aborder le vocabulaire des fractions.
La première séance pose la question fondamentale : qu'est-ce qu'une partie égale ? Elle doit être entièrement basée sur la manipulation, sans trace écrite.
Donnez à chaque élève une feuille rectangulaire identique. Demandez de la plier en 2 de façon à obtenir deux parties qui se superposent exactement. Dépliez : les deux parties sont-elles égales ? Comment le vérifier ? (En les superposant.) Répétez avec 4 parties, puis 8.
Introduisez ensuite le contre-exemple : montrez une feuille pliée de façon inégale. Demandez si c'est un bon partage. Non — les parties ne sont pas égales. Cette confrontation au contre-exemple est essentielle pour que les élèves construisent la notion d'égalité des parties et ne se contentent pas d'un partage « approximatif ».
Terminez la séance par une institutionnalisation simple au tableau : Quand on partage un tout en parties égales, chaque partie est une fraction de ce tout. Pas encore de nom de fraction — juste le concept.
Une fraction unitaire, c'est une seule partie d'un tout divisé en parties égales : un demi, un tiers, un quart, un huitième… C'est la brique de base, et elle mérite deux séances si nécessaire.
Ne confondez pas la taille de la fraction et sa valeur. Un quart de pizza peut sembler plus grand qu'un demi de biscuit — parce que les touts sont différents. Insistez : une fraction ne désigne une quantité précise qu'en référence à un tout clairement défini. Utilisez toujours le même support (même feuille, même rectangle) quand vous comparez.
Une fois les fractions unitaires bien intégrées, on passe à des fractions comme deux tiers, trois quarts, cinq huitièmes. La logique est la même : un tout divisé en parties égales, mais on en prend plusieurs.
Reprenez la feuille pliée en quatre. Coloriez trois parties. Combien de parties en tout ? (4) Combien sont coloriées ? (3) Trois quarts de la feuille sont coloriés. Faites constater qu'il en manque une — un quart reste blanc.
Variez les supports : bandes de réglisse à couper en 6, parts de cercle à distribuer. L'important est que les élèves comptent les parties coloriées et les parties totales à chaque fois — c'est le raisonnement qui fonde la fraction, pas la mémorisation d'un nom.
Faites remarquer que trois quarts et un quart font un tout entier. Deux tiers et un tiers font un tout. Cette complémentarité est intuitive à ce stade et prépare les élèves aux opérations sur les fractions (cycle 3).
La notation fractionnaire (numérateur sur dénominateur) peut être introduite après que les élèves maîtrisent le sens des fractions qu'ils vont noter. Introduire la notation trop tôt crée des procédures sans sens.
Expliquez à voix haute, en montrant une fraction coloriée :
La barre de fraction se lit « sur » : 3/4 se lit « trois sur quatre » ou « trois quarts ». Les deux lectures sont correctes et complémentaires.
Distribuez des fiches où les élèves voient une figure avec des parties colorées, et doivent compléter la notation avec deux cases vides (une pour le numérateur, une pour le dénominateur). C'est l'exercice 2 de la fiche niveau 2. Insistez : on compte d'abord toutes les parties (dénominateur), puis les parties colorées (numérateur).
Au CE1, on compare uniquement des fractions de même dénominateur. La règle est simple et intuitive : si le gâteau est coupé en autant de parts, celui qui en a plus a mangé plus.
Placez côte à côte deux rectangles identiques : l'un avec 2 parts sur 5 coloriées, l'autre avec 4 parts sur 5. Lequel a plus de couleur ? Les élèves voient immédiatement la réponse. Formalisez : 2/5 < 4/5. L'inégalité porte sur le numérateur — le dénominateur est le même.
Deux fractions identiques représentent-elles forcément la même quantité ? Oui, si le tout est le même. C'est l'occasion de revenir sur l'importance du référent : 2/3 d'une petite pizza ≠ 2/3 d'une grande. Mais 2/3 d'une même feuille = 2/3 de cette même feuille.
Pour les élèves en difficulté : restez sur les fractions unitaires (un demi, un quart) avec des figures simples divisées en 2 ou 4 parties. Autorisez la manipulation physique (découpages) pendant toute la séquence. Retardez la notation n/p au profit du vocabulaire oral.
Pour les élèves avancés : proposez de trouver plusieurs façons de représenter la même fraction (deux quarts = la moitié = colorier n'importe quelles 2 parts sur 4), introduisez l'idée d'équivalence (2/4 = 1/2 visuellement), ou faites construire leurs propres figures divisées en parties égales.
Les fiches proposent deux niveaux adaptés à la progression décrite ci-dessus.
La fiche niveau 1 couvre les fractions unitaires : colorier la fraction demandée, identifier une fraction à partir d'une figure, entourer les figures représentant un demi, et relier chaque fraction à sa figure. Elle convient après les étapes 1 et 2 de la séquence.
La fiche niveau 2 aborde les fractions avec numérateur supérieur à 1, la notation n/p à compléter, la comparaison et le repérage de la mauvaise figure. Elle convient après les étapes 3, 4 et 5.
Avant de distribuer la fiche, rappelez à voix haute le geste attendu : compter d'abord toutes les parties, puis les parties coloriées. Ce réflexe de comptage systématique évite la majorité des erreurs.