Publié le 26/06/2026 — Cycle 2 · CP & CE1
Au CE1, la grammaire s'inscrit dans le prolongement du CP : les élèves qui connaissent le nom, le verbe et le groupe nominal vont désormais apprendre à les enrichir et à les manipuler. L'enjeu n'est pas d'apprendre des définitions abstraites mais de comprendre comment la langue fonctionne pour mieux lire et mieux écrire.
Ce guide couvre quatre notions clés travaillées en CE1 : les familles de mots, le champ lexical, les verbes irréguliers au présent et le complément du nom. Ces notions sont liées — elles forment ensemble le socle du vocabulaire et de la grammaire du cycle 2.
Une famille de mots regroupe des mots qui partagent la même racine et un lien de sens. Chaud, chauffer, chaleur, réchauffer forment une famille — même partie commune, même domaine sémantique. Cette notion sert deux objectifs au CE1 : enrichir le vocabulaire et sécuriser l'orthographe (un élève qui sait que bras et brasse sont de la même famille comprend pourquoi bras s'écrit avec un s final).
Avant tout travail écrit, faites travailler les familles à l'oral. Donnez un mot de base (maison) et demandez aux élèves de trouver d'autres mots de la même famille : maisonnette, maisonnée… Puis posez le cas-piège : «Est-ce que "mer" et "marmite" sont de la même famille ?» — Non : la ressemblance sonore ne suffit pas, il faut aussi un lien de sens.
Un affichage utile : écrire trois ou quatre mots d'une famille et souligner la partie commune d'une même couleur. La racine devient visible avant d'être nommée.
Confondre ressemblance phonologique et famille : pain et peinture ne sont pas de la même famille malgré leur proximité sonore. Inventer des dérivés inexistants : soleiller, arbrier… Les familles de mots travaillent avec des dérivés réels.
Le champ lexical regroupe des mots qui appartiennent au même thème ou domaine, quelle que soit leur racine. Vague, dauphin, phare, sable appartiennent tous au champ lexical de la mer sans avoir de racine commune.
Travailler le champ lexical enrichit le vocabulaire et prépare la production écrite : un élève qui dispose d'un champ lexical riche écrira des textes plus précis et moins répétitifs.
Au tableau, écrivez un mot-thème dans un cercle central (l'école). Les élèves proposent tous les mots associés : crayon, cahier, récréation, cartable… Puis posez la question-piège : «Est-ce que "maison" appartient au champ lexical de l'école ?» — Non. Ce qui compte, c'est le lien direct avec le thème, pas une association libre.
Les deux notions sont souvent confondues. La distinction en un coup d'œil :
Un exercice utile : donner une liste et demander «famille ou champ ?» — cela force les élèves à préciser leur critère.
Les verbes faire, venir, pouvoir, vouloir déroutent les élèves de CE1 parce qu'ils refusent les terminaisons régulières du présent. Leur conjugaison ne se calcule pas à partir de l'infinitif — elle s'apprend par exposition répétée.
Ces quatre verbes sont très fréquents à l'écrit et les élèves les emploient quotidiennement à l'oral sans savoir les écrire. C'est ce décalage qui crée des erreurs durables s'il n'est pas traité.
La stratégie la plus efficace est l'affichage permanent d'un tableau de conjugaison construit avec la classe lors d'une séance de découverte collective. Les élèves formulent les formes à l'oral avant de les écrire — ce n'est pas la règle qui est affichée, c'est ce qu'ils ont découvert ensemble.
Les formes les plus trompeuses à travailler explicitement :
La conjugaison des verbes irréguliers gagne à être travaillée en rituel court (3–5 min) plutôt qu'en longue séance. Formats efficaces : tennis de conjugaison (un pronom → un élève → la forme), dictée flash avec un verbe irrégulier, vérification par les pairs sur l'affichage.
Régulariser le verbe : «ils faisent», «tu venons». Ces erreurs montrent que l'élève a intégré la règle générale — il doit maintenant apprendre les exceptions. Oublier le -x : «je peus», «tu veus». La terminaison -x est exceptionnelle en français, d'où la difficulté.
Le complément du nom enrichit le groupe nominal en précisant le nom grâce à une préposition — le plus souvent de, du, en, à. Dans «le cartable du garçon», du garçon est le complément du nom cartable.
Le CN s'inscrit dans la progression sur le groupe nominal. Les élèves connaissent déjà le GN enrichi par un adjectif. Le CN ajoute une troisième façon d'enrichir le GN, différente de l'adjectif : il est introduit par une préposition et peut lui-même être un GN.
Faites comparer explicitement adjectif et CN sur des exemples proches :
La différence clé : le CN est toujours introduit par une préposition. Cette préposition-signal (de / du / de la / d' / en / à) est l'indice que les élèves apprennent à repérer.
Lors de la découverte collective, interrogez le sens du CN pour chaque exemple :
Confondre CN et adjectif : «le chien noir» — «noir» est un adjectif, pas un CN (pas de préposition). L'exercice de classement (adjectif ou CN ?) est indispensable. Oublier la préposition : «la maison Lucie» au lieu de «la maison de Lucie».
Pour les élèves en difficulté : travailler une notion à la fois, avec beaucoup d'oral avant l'écrit. Pour les verbes irréguliers, commencer par un seul verbe (faire) avant d'introduire les trois autres. Pour le CN, se concentrer sur de / du uniquement dans un premier temps.
Pour les élèves rapides : production écrite avec contraintes — écrire un texte en utilisant deux mots de la même famille, ou enrichir chaque nom d'une phrase avec un adjectif et un CN. Ces défis montrent que la maîtrise formelle ne suffit pas : il faut aussi savoir l'employer en contexte.